Un peu d'histoire

Le wallon, notre parler qui vient de loin

Le wallon, c'est un peu comme une vieille chanson : même quand on ne la chante plus tous les jours, elle continue à résonner dans la mémoire. À Liège, à Rocourt et partout en Wallonie, le wallon a longtemps été la langue naturelle, celle qui se parlait sans y penser, au marché du samedi comme autour de la table du dimanche.

Mais d'où vient-il, ce parler si typique qui fait sourire rien qu'en l'entendant ?

Des racines latines

Le wallon prend racine dans le latin populaire introduit chez nous à l'époque romaine. Au fil des siècles, ce latin se transforme, se mélange aux langues des peuples germaniques installés dans la région, et donne naissance à une série de parlers romans. Le wallon est l'un d'eux, mais avec une personnalité bien affirmée : vocabulaire imagé, sonorités chaleureuses, petites nuances qui font toute sa richesse.

La langue du peuple

Dès le Moyen Âge, le wallon est partout : on le parle dans les villages, dans les villes, et même dans certaines administrations locales. Liège, avec son Prince-Évêché, est un foyer important de culture où circulent déjà des textes, des contes et des chansons en wallon. Il devient la langue de la vie de tous les jours, tandis que le français reste longtemps réservé aux élites.

Au XIXᵉ siècle, l'industrialisation liègeoise joue un rôle essentiel dans sa diffusion : dans les charbonnages, les ateliers, les usines, tout le monde parle wallon. C'est la langue du travail, de la camaraderie, des coups de gueule et des blagues. On la parle parce qu'elle unit, parce qu'elle met tout le monde au même niveau, parce qu'elle porte la chaleur humaine qui fait la réputation des Liégeois.

Le recul au XXᵉ siècle

Au XXᵉ siècle, l'école obligatoire et les médias en français changent la donne. Le français devient la langue « correcte », la langue « à parler », et progressivement, le wallon se fait plus discret. Beaucoup d'entre nous l'ont encore entendu chez leurs parents ou leurs grands-parents, souvent sans l'avoir vraiment appris eux-mêmes. On comprend, mais on n'ose plus toujours répondre : c'est ce fameux « wallon passif » que tant de Liégeois connaissent bien.

Une langue qui résiste

Et pourtant, malgré ce recul, le wallon n'a jamais disparu. Il continue de vivre grâce aux passionnés, aux bénévoles, aux professeurs amoureux de leur patrimoine. On le retrouve dans les groupes de théâtre wallon, dans les contes, les chansons, les expressions populaires, et même dans certaines fêtes de village. Le wallon s'adapte, il se réinvente, et il se transmet autrement.

Aujourd'hui, redécouvrir le wallon, ce n'est pas tourner le regard vers le passé : c'est revendiquer une identité, une chaleur humaine, une façon de parler qui appartient à notre région et qui raconte d'où l'on vient. Ce n'est pas une langue éteinte, c'est une langue vivante, portée par des gens qui y croient et qui ont plaisir à la partager avec humour et tendresse.

Parce que le wallon, c'est un peu comme Liège : franc, direct, drôle, et profondément attachant.